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vendredi 13 juillet 2012

Naissance


Naissance

Accrocher le noyau secret de l'être. Le renverser sans bruit.
Epouser sa singularité et le lâcher dans le vide.
Le regarder advenir.

Pureté du premier geste. Le premier cri est un rire.
Ou plutôt un éclat de rire: "Encore !"

A nouveau, le jeu.
A nouveau la main tenue, puis lâchée.
A nouveau, être un puis deux.
Un et un.

"Encore !"

mercredi 4 juillet 2012

Pensées

PENSÉE INQUIÈTE

Cette nuit, subitement,
réveillée par une pensée:
si jamais j'allais partir
sans qu'il n'ait jamais levé
ses terribles accusations

Ni effacé les insultes et le mépris
envers ceux qui l'ont accueillis

L'irrationnel aura été alors
le seul diable dans cette histoire
le seul victorieux



PENSÉE BONNE

Prend tout ton temps,
oiseau blanc
Prend toute la mer
Et tous les fleuves du monde
et navigue à ta guise.

Pose toi sur chacune des branches,
les douces comme les amères
et goûte à chaque arbre.

Connais les orages
et les bleus purs des montagnes.
Connais les noirs précipices
et les souffles mystérieux des hommes

Visite la lumière flamboyante
et essaie chaque couronne

Prend tout ton temps,
oiseau blanc
Prend toute la mer et tous les fleuves du monde
et navigue à ta guise.

De très loin, me tiendrai,
je te le promets
hors de ta mémoire,
muette



PENSÉE NOIRE

Tombe et marche
là où tu m'as fait trébuchée
longuement et sans sens



PENSÉE PESANTE

Souviens-toi.



PENSÉE SECOURANTE

Pose-toi et va trouver
celui qui te dira le monde.
Ceux qui t'aiment
ne brandissent aucune arme.
Personne ne s'est inventé tout seul.
Apaise-toi et va trouver
celui qui te portera secours.
Celui-là existe et attend que tu le désignes.
Un maître. Un homme mûr.
Désigne-le

mardi 12 juin 2012

Lettre à P.



     Chère P.,

     De toutes les personnes que je connaisse, tu es la seule à avoir capté avec subtilité, profondeur et humanité l'intensité de l'ébranlement qu'a provoqué chez moi toute cette longue histoire douce-amère.

     Sans doute parce que les autres, ayant été partie prenante et ayant été violemment touchés (pourtant cent fois moins que moi...), je ne peux trouver d'écoute équivalente. Leur rejet étant total.
Chez toi, rien de tout cela: une sensibilité non pas seulement à l'humain mais à... l'âme. 
Un contact, une communion directe avec cet invisible qui porte, en même temps que l'amour, l'insondable menace qui guette celui qui veut s'en approcher.

     Ce goût pour la recherche incessante de ces profondeurs - recherche qui constitue, je crois, le seul sens de la vie - je pense que nous la partageons. Et pour moi, c'est à chaque fois un grand réconfort de la reconnaitre et de la palper chez l'autre - car je ne suis plus seule.
Le monde que nous traversons est si chaotique qu'il élimine cet Inouï primordial qui est à l'origine de chacune des naissances de l'homme: naissance à soi-même, perpétuel mouvement.
Chaque pas que nous faisons est induit par la puissance souterraine de ce long fleuve de vie et peu s'arrêtent pour en saisir la pulsation, écouter son appel.
Tu fais partie de ceux-là. En toi, en nous, nous pouvons nous reconnaitre hommes.
     La même puissance oeuvre dans l'amour comme dans les gestes les plus meurtriers: cela nous ne savons,  l'ayant expérimenté chacune dans nos corps. Et cela ne nous fait pas peur.

     Parfois je me dis que je peux disparaître d'un coup et partir et alors la peine est immense car, si je ne dis pas ces choses là à qui peut l'entendre, je serais alors partie dans une grande solitude.

     Toute vie connait des actes fondateurs et lorsque ça arrive, il y a un avant et un après, et plus rien n'est pareil: ce bouleversement a la puissance d'un volcan.
     Cette histoire avec celui que tu sais a cette puissance-là puisqu'un jour, assis face à moi, il a décidé de s'ouvrir et la chose qu'il a déposée, brûlante, entre mes mains, est précisément ce fleuve-là dont je parle. Le savait-il ? Je ne suis certes pas la première personne à qui il s'est ouvert, mais moi, je l'ai reçue de cette manière-là car je n'en ai pas d'autres. Son innocence, je l'ai respectée et me suis mise à genoux devant elle et n'ai eu de cesse à lui renvoyer la mienne. Lorsque la peur sans doute, mais saurais-je un jour ce qui s'est passé ? a pris le dessus, je suis restée à la même place, connectée à cette chose primordiale, humble, douce, patiente, me faisant tout entière mémoire de cette innocence première: qui aurait pu s'en souvenir ? lui-même ayant balayé tout cela d'un geste libérateur, selon ses propres mots.

     Il y a une vieille histoire juive qui raconte qu'un ange, lorsque le bébé sort du ventre, pose ses deux doigts sur la bouche et le menton de l'enfant, afin qu'il taise à jamais ce de quoi il est né.
Avec celui que tu sais, l'appel a été si fort, que la bouche s'est ouverte. Et nous avons touché le secret. Voilà pourquoi je lui disais: "... une histoire belle comme le commencement du monde"...

     Je ne sais pas pour lui, mais de mon côté, et depuis mon corps, voilà quelle a été notre histoire. Et si je disparaissais subitement, sans que nous nous soyons retrouvés, je voudrais que ce soit toi qui le lui transmette car alors je ne serais plus. Que tu lui fasses lire cette lettre et d'autres choses*, ces lettres et écrits que je ne lui ai jamais envoyés car il n'est plus là, en face pour les recevoir.     Ma demande peut te paraitre insensée mais, tu sais, j'ai toujours ces histoires de coeur, et je me dis: si ça m'arrivait ?

     Je suis proche des personnes que j'aime. Mes filles sont là et ma relation est vivante avec elles, mais lui, non, notre dialogue s'est arrêté un jour de la manière la plus absurde et insensée qui soit.

     Je ne sais pas si tu vas accepter, mais cela me serait d'un grand réconfort si tu disais oui.
     Je t'embrasse

* les docs qui l'accompagnent sur mon ordinateur et surtout ce blog même

vendredi 10 février 2012

L'appel à la vie


Le plateau: les histoires qu’on pouvait y raconter était comme l’unique radeau au milieu de l’océan.
Le théâtre c’était comme l’organe qui te manquait: ton poumon
Il y avait une telle soif, un tel appel.
L’appel était si puissant qu’on ne  pouvait qu’y répondre avec la même puissance.
Un appel tel que je me sentais « happée »: un appel inouï qui demandait un en retour un don inouï, total.
C’était « ça, la vraie vie ». 
Un appel qui touchait la chose au-dedans de soi qu’on n’avait jamais senti exister
Un tel appel qui ne pouvait que provoquer un « je suis présente ! »
Alors je t’ai couru après: « Eh toi ! je t’appelle »
Réveil des sens, naissance à soi: tel a été le début de ces aventures.
La découverte du plateau ? la force d’un cyclone.
Jamais rencontré une telle nécessité de faire du théâtre.
Ça ou crever. Il y avait un côté vertigineux: « aspirant » « happant »
Lequel des deux happe l’autre ?
Quelle qu’ait été l’épilogue de ces aventures, quel qu’ait été le regard qu’on pose sur tout ça, je sais qu’elles ont touché, remué l’endroit même qui -
Non. Ce n’est pas une projection, ce n’est pas du mental, ce n'est pas un rêve: c’est mon corps qui se souvient.