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jeudi 18 avril 2013

Patience

Même si elle était loin de tout cela à présent, le silence glacial en guise de réponse à sa question -tout à fait anodine - provoqua la même humiliation qu'aux premiers jours. 
Il vivait, depuis deux ans, en pays étranger et c'était grâce à elle qu'il était parti.

Elle avait beau savoir que l'intention de celui gardait le silence était dénuée de mépris, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il devait savoir qu'une telle attitude était d'une extrême violence à son égard et qu'il fallait être dénué de sensibilité pour infliger à l'autre une pareille gifle.
Elle la reçut, malgré tout, avec vaillance et décida de ne pas y répondre, ne connaissant pas avec exactitude les circonstances dans lesquelles celle-ci avait été donnée. Sans doute, se dit-elle, encore cette satanée, vieille et absurde paranoïa envers elle...  (elle se rappela de la délirante pensée: "Tu aimes à fouiller l'esprit de l'autre") mais rien ne venait infirmer ou affirmer que ce fût cela, tant que l'autre se dérobait à toute explication.

Oui, elle prit cela avec vaillance, s'interdisant toute colère et rancoeur, prenant encore pour la nième fois sur elle, mais la douleur de se voir ainsi traitée d'une manière si injuste resurgit intacte, comme la première fois. Il lui fallait trouver un sens pour contrer et supporter l'irrationnel encore qui lui arrivait de pleine face et elle ressortit des tiroirs la même vieille histoire, celle à laquelle elle avait eu recours tant de fois (sauf un jour où elle l'ignora délibérément, ne cherchant plus à le justifier): le garçon, fragile, à la mémoire encore attachée au passé, ne supportait aucun rapport de vraie proximité tant celle-ci constituait un écho fatal aux liens anciens.

Celui-ci  réclamait alors une liberté qu'aucun être n'eut jamais connu, une liberté absolue, une existence sans influences d'aucune sorte. Voilà pourquoi toute histoire sincère et profonde vécue par lui se transformait, à chaque fois en une origine qu'il fallait qu'il quittât, l'attachement étant impossible car synonyme d'enchainement et de prison. Peut-être même la profondeur de la relation qu'ils avaient eu, l'écart d'âge l'avait hissée, sans qu'elle y prenne part volontairement, à une place de pouvoir - qu'elle occupait, dans son esprit à lui, toujours. Or s'il avait su le malaise et le dégoût que cela avait été, pour elle, d'être tenue, par lui, pendant ces longues années comme quelqu'un de "supérieur" ("Une amie ? non, tu es trop grande !") et la profonde déception ressentie, elle qui ne rêvait que d'une seule chose: qu'ils soient partenaires, égaux, dans une relation d'amitié fraternelle, s'il l'avait su, il aurait réalisé que tout ceci n'était que projection.

Elle ressortit donc cette vieille histoire et reconvoqua encore une fois la patience. Attendre encore.
Attendre. Donner du temps au temps, le temps que celui-ci vive pleinement et jusqu'au bout ce qu'il avait à vivre, connaisse succès et erreurs. Attendre qu'il fasse, selon ses ropres dires, le tour de sa trajectoire en forme d'ellipse. Attendre surtout qu'il rencontre la bonne personne qui le guide. Lui donner le temps de se construire et se trouver - avec d'autres;  alors, se dit-elle, viendra le jour où il aura acquéri assez de lucidité, de solidité, de courage, de conscience et maturité pour enfin la revoir.
.......................
Et puis aussi, se dit-elle quelques heures plus tard: "je n'ai rien à voir avec tout ceci, après tout, c'est son problème, plus le mien".

dimanche 11 novembre 2012

Fuir


Dans cette forteresse
Personne pour t'apprendre à partir
Personne il n'y avait personne
Sauf ces crochets couvercles
Serrures sombres et mains glacées.
Personne.

Comment dire au revoir,
Tu ne le sais pas
Mais à la place
Cours cours !
Jette jette !
L'autre
Loin très loin,
cet autre devenu l'Ennemi.

Bombes jetées
En arrière 
Sans regard pour qui saigne
Pour qui ne sait pas.
Pulvérisé, le bras tendu
Fracassée, la main qui te retient 
Pour un doux adieu.

Mots sauvages
Rire plein les dents
Pas de pitié
Pour les paysages détruits
Plus d'amour pour ceux que tu quittes

Rien que ta tête ta tête
Ta tête folle confondant le visage
De ceux que tu aimes
Avec celui de tes assassins

Plus de pitié
Plus de regard en arrière
Pour celui qui n'a jamais appris
Comment partir
Mais
Seulement fuir.

mercredi 5 septembre 2012

Orgueil et servilité


D'où tires-tu un tel orgueil ? 
de ton père qui jamais ne s'est excusé ?
de ta peur ?

Que de choses belles et profondes rates-tu 
souriantes comme la mer quand elle vient heurter notre visage

Que ne connais-tu la vraie humilité
celle qui nous fait recevoir avec le désir vrai de grandir 
et de goûter l'amitié de celui qu'on a violenté.

Si tu savais combien celle-ci peut être d'une telle chaleur 
toi si souvent à la recherche de douceur
"douillet" disais tu...

Que ne connais-tu la vraie humilité
et non point la servilité, 
oh celle-là comme j'ai pu la détester ! celle qui me hissait à un rang 
où je n'étais pas, où je ne voulais pas être
nous rêvant égaux et camarades.

Mais... j'étais "trop grande", disais-tu au moment de ton départ,
pour être, disais-tu,  ton "amie".

Oh pressentiment des jours sombres qui allaient suivre

Tu avais inventé de toutes pièces une idole et 
un beau jour, tu l'as brisée pour aller, sans doute, en construire
une autre ailleurs.

D'où tires-tu ton orgueil et comment le briser
sans te faire chuter dans la servilité ?




vendredi 13 juillet 2012

Le cauchemar d'Ariane



THÉSÉE 
Je n'irai pas

ARIANE
Quoi ? mais hier à peine tu étais dans l'élan...

THÉSÉE 
Tout cela est arrivé trop vite

ARIANE
Je ne te reconnais plus

THÉSÉE
Je me suis vu tout à l'heure
Je suis creux, vide et insignifiant
Je vais dormir et ne veux plus entendre tout cela
Tu m'as raconté des bobards et m'as menti
Je ne t'ai jamais rêvé, c'est toi qui me rêvait.
Tu m'as ensorcelé et perdu
Ton fil n'est pas pour moi 
La peur est au bout 
Rien qu'un fil à réveiller mes démons

ARIANE
Ô homme ce fil est pur et beau 
Beau comme le premier jour où il s'est déplié
Te reconnaissant comme visage.
Il a la vigueur de tes doigts
Et étincelle comme tes yeux.
Je l'ai déroulé pour toi
Il a ta taille, déjà ton odeur
J'ai attendu tout ce temps 
Le fil ne ment pas
Pour moi tu es le frère, le fils et l'amant
Que je dois conduire

THÉSÉE
Tu délires

ARIANE
Non
Ceci est mon rêve 
Rien que du bon vieux rêve puissant à emporter
Tous les navires du monde
Les fils de l'homme.
Mon rêve vrai. 
Ne l'abandonne pas.
N'écoute pas la voix de la vérité
Elle a le costume du mensonge.
Elle n'est que chant à t'emporter
Dans la nuit de l'océan
Loin du vrai Thésée.
Le miroir de l'eau est trompeur
Il ne reflète que ce qui est
Et non ce qui viendra.
Ecoute -moi,
Si tu pars
Tu entreras dans la nuit des hommes qui sombrent
Tes yeux n'ont déjà plus de lumière
Tu te rapetisses
Ecoute-moi
Vois-moi
Ne m'oublie pas
Ne rentre pas dans cette nuit qui va te recouvrir
Qui me transformera, moi, en ombre
Et rendra mes formes lointaines, incompréhensibles.
Oh n'y rentre pas
Déjà tu t'éloignes
Et je ne suis plus que forme
Ombre mauvaise.
Tu as déjà oublié.
Si tu rentres dans cette nuit
Oh n'y rentre pas
Oh n'y rentre pas
Si tu rentres dans cette nuit
Tu me perds et tu te perds
Vois
Je ne suis plus qu'ombre
Ton ombre ton fantôme
La forme de ce qui te fait partir
Ta mémoire insupportable
Oh n'y rentre pas
Si j'agite la main tu ne verras que souffle mauvais
Si je souris tu ne verras que dévoration
Si je chante tu entendras possession
Vois
Ne rentre pas dans cette nuit noire
N'y rentre pas.
Nous sommes perdus
Tu as tout effacé et
Tout or a disparu
De nos doigts
Tout notre or
Tu l'as jeté
Tout notre or

THESÉE
Va-t-en sorcière

ARIANE
Je n'ai plus de fil

L'enfant qui cherche le ciel

L'enfant s'enfuit, court court
aussi loin qu'il peut
L'enfant qui cherche.
Le sol se dérobe, il saute
Ni semelles ni chaussures.
Dans sa course, ses membres s'allongent
l'enfant qui cherche le ciel
devenu homme tout à coup
trop vite.

Le paysage lui sourit
pas le temps pas le temps !
et quoi répondre ?
un tel sourire lui est étranger !

Quelqu'un ouvre sa porte
il rentrera en coup de vent
après s'être réchauffé
lui qui a toujours froid.
Le feu lui sourit la flamme le saisit
là
là où est son diamant.
Un temps
puis claque la porte claque claque
lame tranchante
Et court court aussi loin qu'il peut
L'enfant qui cherche le ciel.

Dedans quelqu'un saigne et crie
mais fermée à clé la porte
et la clé dans la poche
jamais rendue.

Court court l'enfant voleur
de maison en maison
de château en château
et jamais ne s'arrête
semant prisons et hurlements
partout dans le clair paysage.

L'enfant qui cherche le ciel.
Parcelles de nuit en son coeur
étoiles dans les yeux
sauts aveugles
L'enfant qui cherche son diamant

vendredi 15 juin 2012

Les Pères dévorateurs


Quand s'arrêtera-t-il le Temps des Pères 
Broyeurs d'enfants
Dieux dévoreurs Ouragan et Typhon 
riant aux désordres de leurs gestes infanticides.
Crocs en jambe fatals des Pères Bouchers
Cris noirs
Géographie folle
Balancés à bout de bras, les petits,
tête en bas
la main crochet comme seul repère 
afin de mieux leur faire goûter la mort.

Pris et repris sans trève
Enfants ingurgités à l'envers
dans la matrice paternelle.
Chaos, poison semence déposée dans chacun d'eux.
Montagnes noires
Balancés et retournés les petits 
Happés et rendus au secret
éternel
Cris dans le vide ventre des Ogres
Muets, langue jamais apprise
En guise de visage, le lieu de défécation 
et comme seul Ciel les dents rieuses
de l'Ouragan
Rejetés loin 
Très loin de tout amour
Jetés sans compassion au cachot.
Renversé, le monde.
Balancés à bout de bras, les petits,

L'amie est là qui pleure
bras tendus.
Il fait nuit.
---------

"La douleur de l'autre à ton endroit, jamais tu ne pourras l'entendre, la prenant toujours pour celle que l'autre t'a fait goûté, dans le passé, jusqu'au vomissement"

samedi 5 mars 2011

Rêve

La guerre m'a été déclarée une nuit. Je ne m'y attendais pas.
Sortis des placards, les monstres - nuit noire des mondes souterrains - se sont réveillés et sur moi est tombée la sanction - lame tranchante.
La guerre a surgi une nuit et m'a séparée en deux exigeant le sacrifice ultime.
Agissant du plus profond de leurs cachots, à distance, les Pères, par leur seule force d'esprit, ont distillé leur venin, contaminant ceux qui vivent dehors, ceux qui les ont fui et leur contamination est arrivée jusqu'à moi, moi qui leur ai ouvert la porte.
Les Pères ont la force des bourreaux lorsque, riant avec légèreté, ils découpent à vif la personne qu'ils ont enfermés dans leurs chambre à coucher.
Tu es à moi, disent-ils puisque je t'ai créé.
"Mais ne puis-je, moi-même le prendre cet enfant et le re-créer à nouveau ?"
"Non il n'y a plus de possibilité c'est trop tard car il est déjà depuis longtemps notre chose, ne s'appartenant plus totalement lui-même"
Mais celui qui est là, prisonnier, se libère tout à coup et s'enfuit comme un bouc. Il veut aller le plus loin possible dans le plus grand espace.
Mais chaque contact dresse un mur devant lui.
Terrible est la guerre déclarée par les Pères. Qui peut s'en protéger ?
Ils inséminent le crime: ils l'inscrivent au plus profond de la chair et difficile de s'en purifier.

L'amour est innocent.