Ce soir, elle se souvint de lui et devant l'immobilisme de la situation, elle sourit tristement à l'idée que le papier de toute cette histoire s'effritera bien vite, de lui-même, et ne deviendra plus que laideur et médiocrité. Envolés les sommets ! Effacées les montagnes ! Jamais existés les rêves fous et même les échecs joyeux ! Plus d'illusions !
Contre cela, elle avait lutté de toutes ses forces. Elle s'était cassé les ongles et les mains, puis le coeur mais on ne peut rien contre la pierre, pensa-t-elle, la peur devenue pierre.
Elle aurait bien voulu que de l'autre côté, il y eut combat - même contre elle. Mais même cela n'avait pas existé: que la fuite et ce gigantesque brouillard qui maintenait le monde dans ses diaboliques origines - origines, pourtant, par les mots, honnies.
L'artiste, n'était-il pas celui qui ne pouvait s'empêcher de traquer - sublimer ? - la beauté en toutes choses ? S'était-elle trompée sur lui ?
Cette laideur, qu'elle n'avait pas du tout souhaitée, arrivait à grands pas et il fallait qu'il agisse vite, à présent, s'il ne voulait pas qu'elle colore tout le passé commun.
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vendredi 12 juillet 2013
mardi 1 janvier 2013
Cordélia
Folie la tentation, toujours et encore...
Dialogue entre Cordélia et le Monde
- Où es-tu, toi dont je ne vois plus que le dos ?
- Là où mes pieds m'emmènent et nulle part ailleurs.
Lâche-moi.
Lâche-moi.
- Je t'ai vu de face, un jour.
- Ceci est mon vrai visage, sache-le.
- Retourne-toi et regarde-moi.
- Illusion ! Tu as rêvé je te dis. C'est toi le mensonge.
- Retourne-toi et regarde-moi.
- Illusion ! Tu as rêvé je te dis. C'est toi le mensonge.
Toi qui, dans ta folie et ton orgueil, t'obstine à tordre le cou
à chaque parcelle du monde afin de lui faire avouer sa beauté.
Va-t-en maudite sirène. Je suis né boiteux et
te jette mon diamant - ton or ? à la figure.- Retourne-toi et regarde-moi. Tu es beau
- Reprends ton bien,
ton rêve fumeux et ensorcellant
et fais-toi en une corde.
Tord-toi le cou avec
et que je n'entende plus
ta poésie
- Je chanterai et lèverai une armée contre toi
et bataillerai jusqu'à ce que tu cèdes.
- Je chanterai et lèverai une armée contre toi
et bataillerai jusqu'à ce que tu cèdes.
- Des guerriers, ta misérable troupe ?
- Des soldats vaillants
et même si je devais rester seule
je ne cesserai de te faire face.
vendredi 13 juillet 2012
Pour L...
La sirène a retentit
Dans mes mains vides,Coquillages inutiles.
La mer t'a repris, sombre
Et rancunière,
Effaçant jusqu'à ton nom,
Géant cormoran.
Par un éclatement des vaisseaux,
Tu t'en es allé rejoindre tous les tiens
Laissés loin derrière.
Gais étaient nos chants et nos murmures.
Jeté à la place,
Un poème
En mémoire de ton rire.
Sur ta veste, les étoiles continuent de briller
mardi 12 juin 2012
Lettre à P.
Chère P.,
De toutes les personnes que je connaisse, tu es la seule à avoir capté avec subtilité, profondeur et humanité l'intensité de l'ébranlement qu'a provoqué chez moi toute cette longue histoire douce-amère.
Sans doute parce que les autres, ayant été partie prenante et ayant été violemment touchés (pourtant cent fois moins que moi...), je ne peux trouver d'écoute équivalente. Leur rejet étant total.
Chez toi, rien de tout cela: une sensibilité non pas seulement à l'humain mais à... l'âme.
Un contact, une communion directe avec cet invisible qui porte, en même temps que l'amour, l'insondable menace qui guette celui qui veut s'en approcher.
Ce goût pour la recherche incessante de ces profondeurs - recherche qui constitue, je crois, le seul sens de la vie - je pense que nous la partageons. Et pour moi, c'est à chaque fois un grand réconfort de la reconnaitre et de la palper chez l'autre - car je ne suis plus seule.
Le monde que nous traversons est si chaotique qu'il élimine cet Inouï primordial qui est à l'origine de chacune des naissances de l'homme: naissance à soi-même, perpétuel mouvement.
Chaque pas que nous faisons est induit par la puissance souterraine de ce long fleuve de vie et peu s'arrêtent pour en saisir la pulsation, écouter son appel.
Tu fais partie de ceux-là. En toi, en nous, nous pouvons nous reconnaitre hommes.
La même puissance oeuvre dans l'amour comme dans les gestes les plus meurtriers: cela nous ne savons, l'ayant expérimenté chacune dans nos corps. Et cela ne nous fait pas peur.
Parfois je me dis que je peux disparaître d'un coup et partir et alors la peine est immense car, si je ne dis pas ces choses là à qui peut l'entendre, je serais alors partie dans une grande solitude.
Toute vie connait des actes fondateurs et lorsque ça arrive, il y a un avant et un après, et plus rien n'est pareil: ce bouleversement a la puissance d'un volcan.
Cette histoire avec celui que tu sais a cette puissance-là puisqu'un jour, assis face à moi, il a décidé de s'ouvrir et la chose qu'il a déposée, brûlante, entre mes mains, est précisément ce fleuve-là dont je parle. Le savait-il ? Je ne suis certes pas la première personne à qui il s'est ouvert, mais moi, je l'ai reçue de cette manière-là car je n'en ai pas d'autres. Son innocence, je l'ai respectée et me suis mise à genoux devant elle et n'ai eu de cesse à lui renvoyer la mienne. Lorsque la peur sans doute, mais saurais-je un jour ce qui s'est passé ? a pris le dessus, je suis restée à la même place, connectée à cette chose primordiale, humble, douce, patiente, me faisant tout entière mémoire de cette innocence première: qui aurait pu s'en souvenir ? lui-même ayant balayé tout cela d'un geste libérateur, selon ses propres mots.
Il y a une vieille histoire juive qui raconte qu'un ange, lorsque le bébé sort du ventre, pose ses deux doigts sur la bouche et le menton de l'enfant, afin qu'il taise à jamais ce de quoi il est né.
Avec celui que tu sais, l'appel a été si fort, que la bouche s'est ouverte. Et nous avons touché le secret. Voilà pourquoi je lui disais: "... une histoire belle comme le commencement du monde"...
Je ne sais pas pour lui, mais de mon côté, et depuis mon corps, voilà quelle a été notre histoire. Et si je disparaissais subitement, sans que nous nous soyons retrouvés, je voudrais que ce soit toi qui le lui transmette car alors je ne serais plus. Que tu lui fasses lire cette lettre et d'autres choses*, ces lettres et écrits que je ne lui ai jamais envoyés car il n'est plus là, en face pour les recevoir. Ma demande peut te paraitre insensée mais, tu sais, j'ai toujours ces histoires de coeur, et je me dis: si ça m'arrivait ?
Je suis proche des personnes que j'aime. Mes filles sont là et ma relation est vivante avec elles, mais lui, non, notre dialogue s'est arrêté un jour de la manière la plus absurde et insensée qui soit.
Je ne sais pas si tu vas accepter, mais cela me serait d'un grand réconfort si tu disais oui.
Je t'embrasse
* les docs qui l'accompagnent sur mon ordinateur et surtout ce blog même
mercredi 2 février 2011
Confiance
"A certains, tu ne dois pas donner la main, mais la patte et je veux que cette patte ait aussi des griffes"
F. Nietzsche
Ou suivre le fleuve Virginia...
« Il faut être sceptique, certes, mais il faut aussi savoir jeter au vent la méfiance, et accepter sans restriction ce qui se présente quand la porte s’ouvre. (…) Et c’est ainsi qu’on laisse descendre son filet de plus en plus loin de la surface, pour le retirer ensuite avec précaution, et ramener à la lumière ce que ces hommes et ces femmes ont dit, et en faire un poème. »
Virginia Woolf - Les Vagues
LA SEULE RÉPONSE QU'IL NOUS RESTE : NE PAS DÉSESPÉRER DE CRÉER DE LA BEAUTÉ
JE T'AI DONNÉ MON OR ET TU M'AS DONNÉ LE TIEN
JE T'AI CRIÉ: "SOLEIL !"
ET NOUS AVONS BRICOLÉ ENSEMBLE
DE BELLES IMAGES
A RENDRE JALOUX LES DIEUX
MAIS BIENTÔT TROP ÉTROITE, MA CABANE
IL TE FALLAIT LE MONDE
ET UN MATIN TU ES PARTI
ET JE T'AI CRIÉ: "SOLEIL !"
MAIS L'OR AVAIT COMMENCÉ À SE TERNIR.
TU ÉTAIS DÉJÀ AILLEURS
LE PRÉSENT DÉJÀ TU NE LE VOYAIS PLUS
OCCUPÉ À CHEVAUCHER TA MONTURE
REGARDANT LOIN DEVANT TOI, PIÉTINANT
CELLE QUI T'ÉTAIT DEVENU INVISIBLE.
DEVANT LE CHATEAU
TU T'ES RETOURNÉ CEPENDANT
ET CE DERNIER SOLEIL QUE TU ME DEMANDAIS
QUE MOI SEULE POUVAIT T'OFFRIR
JE TE L'AI DONNÉ
ET JE T'AI CRIÉ: "SOLEIL !"
TU EN AS PRIS TOUTE LA LUMIÈRE
AVANT DE ME LE REJETER
MASSE SOMBRE ET NOIRE
VIOLENCE DÉFINITIVE.
ET MOI QUI AVAIS ÉTÉ TOUT CE LONG TEMPS
"À LA MÊME PLACE BELLE" COMME TU AIMAIS LE DIRE
AUTREFOIS
MOI, POUR LA PREMIÈRE FOIS,
JE NE L'AI PLUS ÉTÉ.
GLISSÉ ET CHUTÉ
C'EN ÉTAIT FAIT
PLUS D'OR
PLUS D'OR DU TOUT DANS NOS MAINS
ET TOI
TU ES RENTRÉ DANS TA NUIT
CETTE LONGUE NUIT
OÙ TU ES
ENCORE
ET DU SOLEIL TU N'EN VEUX PLUS
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