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jeudi 24 octobre 2013

Le voile tombe

Oh douleur sans mot
pour celui qui a vraiment disparu
un été - bonté aux lèvres.

Oh fourvoiement stérile
à l'égard de celui qui joue à disparaître
danse vaine.

Oh douleur sans mot
pour celui dont on ne peut se souvenir
sans être transpercée

Oh douleur sans mot
chair à jamais retournée
où trouver sa place ?

Oh erreur erreur deuil toujours là
tombe noire

Oh erreur tombe erreur stupide erreur
tombe noire - mon lit

C'était lui et pas l'autre.
Un été parti
les mains vides, lui
et pas l'autre.

Les orchidées attendent toujours.


mercredi 14 novembre 2012

Conte inachevé

Il était une fois un garçon qui s'était enfui de sa maison. De son père, il n'avait connu que les brimades, jugements et coups. De sa mère, aucun amour ni protection. Il partit rebâtir sa vie et ce, depuis le tout début: rebâtir son enfance.
Il lui fallût une mère qui lui permette de jouer sans aucune limite ni loi, qu'elle soit toute confiance, douceur, protection, amour pour lui afin qu'il retrouve le goût de l'oiseau. Et aussi qu'il se trouvât beau et grand. Il la rencontra et lui donna tout ce qu'il voulait, et même encore plus.
Devenu oiseau, il sentit alors qu'il lui fallait désormais un sol, une colonne vertébrale. Il ressentit limites et frustrations mais il se tut et commença à s'absenter. La nouvelle maison qui avait perdu tout son intérêt, lui sembla tout à coup bien fade, et bientôt, il n'en eut plus besoin. Il se mit à la déconsidérer. Peu à peu, il ne s'essuya plus les pieds avant de passer la porte, ne prit plus la peine de dire bonjour et râla lorsque celle-ci (et les autres) ne lui donnait pas ce qu'il était en mesure et droit d'attendre, lui, devenu si important.
Un matin, il partit, lui déclarant qu'il était devenu grand et fort. "A présent, il faut que je construise ma propre morale. Il faut que je me trouve un père". Elle le félicita de sa nouvelle force et courage et malgré son chagrin, fut sincèrement heureuse de ce dénouement.

Mais, dans le village, ni tiers ni père en vue pour une juste et sereine séparation: ils devaient se débrouiller seuls.
Alors tout alla mal car les liens étaient encore forts et le garçon ne prenait garde à là où il coupait. Il se mit à trancher dans le vif, se moquant des plaies qu'il pouvait occasionner: il était pressé.
La femme ne le reconnut plus: lui, si doux d'ordinaire, devenait grossier et méprisant à son égard. Au lieu de vivre tout cela avec distance et humour,  un soir, elle craqua et se mit en colère.
Elle lui signifia qu'elle était déçue et lui lança des reproches. Le garçon se sentit projeté à nouveau dans son ancienne prison. Il la traita de sorcière et claqua définitivement la porte sur elle, cette même porte qu'elle lui avait ouverte un jour.

La femme, abasourdie, regretta sincèrement son geste et lui demanda pardon mais le garçon n'en voulut rien savoir. Son coeur semblait être devenu de pierre. En vrai, il se méfiait dorénavant de tout sentiment. Son visage avait changé et dans le village plus personne ne le reconnaissait: il était devenu dur et brutal et moqueur.
C'en était fini de son affabilité. Il dénigra publiquement celle qui l'avait accueilli, puis très vite se comporta de même avec tous les habitants du village qui l'avaient aussi nourri. Il cracha sur cette vie qu'il voulait quitter, cracha sur elle et sur les autres, insulta tout le monde et détruisit la maison qui l'avait, un temps, réconcilié avec lui-même.
Lorsqu'on lui demandait la raison de tout ceci, il répondait qu'il fallait qu'il protège sa liberté, qu'il ne voulait plus d'attache quelconque. Dorénavant, plus rien n'existait à ses yeux que lui-même. Il rompit tous les engagements pris et dansa de joie, ignorant la société des hommes.
Il se montra surtout de plus en plus cruel, mais toujours loin, plein de lâcheté, évitant soigneusement toute confrontation.
La femme supplia chacun des habitants de l'aider: le garçon se cherchait un père, il était en train de se perdre, ayant fait sauter toute limite, toute structure, il confondait tout, il lui fallait une Loi et une vraie reconnaissance. Elle-même était impuissante, à la place où elle était. Elle ne trouva personne parmi les hommes du village, car, découvra-t-elle, chacun d'eux avait eu son histoire secrète et douloureuse avec son propre garçon et aucun ne se sentait assez courageux ni désireux de jouer un tel rôle.
Les villageois, lâches, lui répondirent: "Laissons-le, ce n'est qu'un sot et un méchant, la vie se chargera de lui apprendre. Un jour, il se recevra un tel coup qu'il se mettra à réfléchir."

La femme alors retourna à sa maison, qui n'était plus qu'un gigantesque champ de ruines et pleura sur la lâcheté du monde et le gâchis de toute cette histoire.  Elle écrivit une lettre qu'elle ne lui envoya jamais car il n'aurait pu la comprendre: "La liberté que tu revendiques n'est accompagnée d'aucune autre valeur (la fraternité), elle n'est que tyrannie, la loi de celui qui impose la sienne: liberté absolue. Celle-la même que tu as rejetée un jour très lointain. Je t'en prie, pose-toi et entends-nous : tu n'es pas en danger et tu peux très bien partir dignement, en nous regardant en face. Nul besoin de fuir ni de "sauver ta peau" et de tout saccager, ni de transformer ton coeur en pierre.

Cependant, elle seule connaissait son histoire et touchée, continuait à lui pardonner tout: elle ne haussa jamais la voix, malgré la violence des paroles et coups qu'elle recevait. Elle souriait et encaissait bravement, mais les blessures furent de plus en plus nombreuses et lourd était le poids qu'elle s'obligeait à porter. Trop lourd. Un nuit, elle sombra d'épuisement et de folie et se comporta d'une manière si chaotique qu'elle fit le vide autour d'elle.
Ce ne fut qu'après de très longs mois de solitude qu'elle retrouva la force de se relever et de penser à elle-même. La première chose qu'elle fit fut de reconstruire sa maison et de lui redonner sa beauté d'antan. Puis petit à petit, elle put se remettre au travail et retrouva bientôt foi et confiance dans la vie et les hommes. Parfois, lorsque la douleur remontait, elle la chassait, souriante, en se disant qu'un jour, le garçon, devenu homme, finira bien par recouvrir la vue et revenir frapper au carreau pour la saluer et rire de tout cette histoire. Et puis, ne fallait-il pas qu'il traverse le monde, fasse ses propres expériences ? Ce n'était pas à elle de l'aider, non, surtout pas et il en était bien ainsi.

Quant au garçon, il quitta le village et s'en fut à la ville, et grâce à la lettre qu'elle lui avait donnée à son départ, vit s'ouvrir les portes de sa nouvelle demeure: celle du père qu'il s'était choisi.

La chute fut rude, mais il trouva ce qu'il était allé cherché: des regards sans complaisance, du réel, du corps, du tangible, du mesurable, du sérieux. Du "vrai", quoi. De la distance. Education à la dure...  L'exact opposé de ce qu'il avait goûté auparavant.
Il respecta ses nouveaux maîtres et les adula, comme il avait fait, un temps, avec sa mère adoptive.

Au jour d'aujourd'hui, son apprentissage n'est pas terminé. Personne n'a de nouvelles de lui. Mais des témoins racontent que ses nouveaux camarades se comportent en princes sûrs et imbus d'eux-mêmes et que dans le château, parmi les élèves, il y règne excellence et orgueil.
Mais la femme aime à croire (espérer ?) que tout ceci n'est qu'un détail et que ces choses-là glissent sur le garçon, si occupé à découvrir et vivre en profondeur un évènement de taille: l'apprentissage par le père. Et elle sait combien l'apprentissage sera long et que de nombreux pères devront se succéder avant que le garçon ne rencontre celui qu'il cherchait, celui qui devait lui transmettre la loi humaine: respect et amour de l'autre, "sa colonne vertébrale", comme il aimait le dire, avant qu'il ne se forme réellement à devenir homme.
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Ce conte reste inachevé.
L'apprentissage ayant tout juste commencé,  tout est encore possible - surtout dans un conte...

vendredi 12 octobre 2012

Comment

Comment fait-on
pour recoudre cette poche de foi
qui n'a cessé de fuir
et se répandre telle la mer
depuis maintenant si longtemps ?

Comment fait-on
lorsque, vidée de tout son sang
il faut
continuer à marcher
et sourire au matin ?

Comment fait-on
devant le silence de l'autre
et qu'aucune réponse
ne vient ?

Comment fait-on
pour croire encore
en l'Homme ?

Comment fait-on ?



mardi 12 juin 2012

Lettre à P.



     Chère P.,

     De toutes les personnes que je connaisse, tu es la seule à avoir capté avec subtilité, profondeur et humanité l'intensité de l'ébranlement qu'a provoqué chez moi toute cette longue histoire douce-amère.

     Sans doute parce que les autres, ayant été partie prenante et ayant été violemment touchés (pourtant cent fois moins que moi...), je ne peux trouver d'écoute équivalente. Leur rejet étant total.
Chez toi, rien de tout cela: une sensibilité non pas seulement à l'humain mais à... l'âme. 
Un contact, une communion directe avec cet invisible qui porte, en même temps que l'amour, l'insondable menace qui guette celui qui veut s'en approcher.

     Ce goût pour la recherche incessante de ces profondeurs - recherche qui constitue, je crois, le seul sens de la vie - je pense que nous la partageons. Et pour moi, c'est à chaque fois un grand réconfort de la reconnaitre et de la palper chez l'autre - car je ne suis plus seule.
Le monde que nous traversons est si chaotique qu'il élimine cet Inouï primordial qui est à l'origine de chacune des naissances de l'homme: naissance à soi-même, perpétuel mouvement.
Chaque pas que nous faisons est induit par la puissance souterraine de ce long fleuve de vie et peu s'arrêtent pour en saisir la pulsation, écouter son appel.
Tu fais partie de ceux-là. En toi, en nous, nous pouvons nous reconnaitre hommes.
     La même puissance oeuvre dans l'amour comme dans les gestes les plus meurtriers: cela nous ne savons,  l'ayant expérimenté chacune dans nos corps. Et cela ne nous fait pas peur.

     Parfois je me dis que je peux disparaître d'un coup et partir et alors la peine est immense car, si je ne dis pas ces choses là à qui peut l'entendre, je serais alors partie dans une grande solitude.

     Toute vie connait des actes fondateurs et lorsque ça arrive, il y a un avant et un après, et plus rien n'est pareil: ce bouleversement a la puissance d'un volcan.
     Cette histoire avec celui que tu sais a cette puissance-là puisqu'un jour, assis face à moi, il a décidé de s'ouvrir et la chose qu'il a déposée, brûlante, entre mes mains, est précisément ce fleuve-là dont je parle. Le savait-il ? Je ne suis certes pas la première personne à qui il s'est ouvert, mais moi, je l'ai reçue de cette manière-là car je n'en ai pas d'autres. Son innocence, je l'ai respectée et me suis mise à genoux devant elle et n'ai eu de cesse à lui renvoyer la mienne. Lorsque la peur sans doute, mais saurais-je un jour ce qui s'est passé ? a pris le dessus, je suis restée à la même place, connectée à cette chose primordiale, humble, douce, patiente, me faisant tout entière mémoire de cette innocence première: qui aurait pu s'en souvenir ? lui-même ayant balayé tout cela d'un geste libérateur, selon ses propres mots.

     Il y a une vieille histoire juive qui raconte qu'un ange, lorsque le bébé sort du ventre, pose ses deux doigts sur la bouche et le menton de l'enfant, afin qu'il taise à jamais ce de quoi il est né.
Avec celui que tu sais, l'appel a été si fort, que la bouche s'est ouverte. Et nous avons touché le secret. Voilà pourquoi je lui disais: "... une histoire belle comme le commencement du monde"...

     Je ne sais pas pour lui, mais de mon côté, et depuis mon corps, voilà quelle a été notre histoire. Et si je disparaissais subitement, sans que nous nous soyons retrouvés, je voudrais que ce soit toi qui le lui transmette car alors je ne serais plus. Que tu lui fasses lire cette lettre et d'autres choses*, ces lettres et écrits que je ne lui ai jamais envoyés car il n'est plus là, en face pour les recevoir.     Ma demande peut te paraitre insensée mais, tu sais, j'ai toujours ces histoires de coeur, et je me dis: si ça m'arrivait ?

     Je suis proche des personnes que j'aime. Mes filles sont là et ma relation est vivante avec elles, mais lui, non, notre dialogue s'est arrêté un jour de la manière la plus absurde et insensée qui soit.

     Je ne sais pas si tu vas accepter, mais cela me serait d'un grand réconfort si tu disais oui.
     Je t'embrasse

* les docs qui l'accompagnent sur mon ordinateur et surtout ce blog même

mercredi 8 décembre 2010

Départs



POURQUOI

Pourquoi pars-tu 
et me laisses-tu 
inutile
devant toutes ces joies
que nous avons créées ensemble

Fallait-il que tu me prennes
pour la mer
pour être ainsi laissée
derrière
seule
Et quand ça te chante
me revenir 
tout enfant encore

Mais baisse ton regard et
vois

Tu m'as hissée à hauteur d'une montagne 
et je suis devenue 
aussi large que le monde

Si tu pars, fais-le en souriant
et invente une danse
qui me relève.

Et redis-moi
que tu ne t'es pas servi
et ne te serviras jamais
de moi.



jeudi 8 juillet 2010

Une histoire belle comme le commencement du monde

Sur le plateau, une fille s'avance, questionnant le public:

"Qui me reconnait ? Y a-t-il quelqu'un ? Qui peut me dire si je fais bien de m'agiter de la sorte ? 

Il m'est arrivé une histoire comme je n'aurais jamais pu imaginer... Je ne pensais pas que c'était possible que je vive une histoire pareille. Ca n'existe qu'en rêve.... une histoire belle comme le commencement du monde... je voudrais tellement vous la raconter... Si cela ne tenait qu'à moi, mais je ne peux pas, c'est un secret...

Qui peut me dire ? Parce que je me dépense beaucoup, figurez-vous. Quelqu'un peut-il me dire si je... construis vraiment quelque chose ?"

Silence. Elle part.

Plus tard, tenant à la main un papier:

"Une histoire belle comme le commencement du monde, là... si je pouvais la raconter... une histoire comme on ne peut pas l'imaginer... 
Mais je ne peux pas la dire... elle exploserait et disparaitrait... ce n'est pas mon secret

Qui peut me dire si je fais bien de... ? Parce que je me dépense beaucoup, figurez-vous. Quelqu'un peut-il me dire si je... construis vraiment quelque chose ?"

Elle essaie de chanter. On ne sait si elle pleure ou sourit, les deux probablement. Elle repart.

Et ainsi de suite, jusqu'à la fin du spectacle.